Législation12 mai 20267 min de lecturePar Observatoire européen de l'accessibilité numérique

L'Arcom, autorité de contrôle de l'accessibilité numérique en France

Depuis l'ordonnance du 6 septembre 2023, l'Arcom contrôle le respect des obligations d'accessibilité du secteur public et des grandes entreprises. Le manquement aux obligations de publication et le défaut d'accessibilité sont sanctionnés distinctement.

Un renforcement du contrôle sous l'égide de l'Arcom

L'ordonnance n° 2023-859 du 6 septembre 2023 a marqué un tournant dans la gouvernance de l'accessibilité numérique en France, en complétant l'article 47 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005. Par l'introduction de l'article 47-1, le législateur a officiellement confié à l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) la mission de contrôle du respect des obligations d'accessibilité numérique. Ce transfert de compétence souligne la volonté des pouvoirs publics de passer d'une logique déclarative à une logique de contrôle effectif, dotant l'autorité de moyens d'action pour assurer le respect des droits des usagers.

Cette nouvelle mission de l'Arcom s'inscrit dans un contexte où les services numériques sont devenus indispensables à la vie citoyenne. L'autorité dispose désormais de prérogatives élargies pour vérifier que les administrations, les collectivités et les grandes entreprises privées respectent leurs obligations. Ce contrôle n'est pas uniquement technique, il est aussi organisationnel, car l'Arcom vérifie si les structures concernées disposent bien des documents de planification nécessaires à la mise en œuvre d'une stratégie d'accessibilité durable sur le long terme.

En confiant ce rôle à l'Arcom, le législateur a choisi une autorité reconnue pour sa capacité à réguler les secteurs de la communication et du numérique. L'approche est pragmatique : il s'agit d'accompagner, d'informer, mais aussi d'être ferme quand la situation l'exige. L'Arcom bénéficie d'une expertise technique qui lui permet d'auditer efficacement les services numériques complexes. Cette autorité se positionne ainsi comme le garant du droit d'accès au numérique pour les personnes en situation de handicap, assurant que le cadre législatif ne reste pas lettre morte mais se traduise par des services effectivement accessibles.

Distinction entre manquements documentaires et défauts techniques

Le régime de contrôle opère une distinction claire entre deux typologies de manquements. D'une part, les manquements aux obligations de publication documentaire : l'absence ou l'invalidité de la déclaration d'accessibilité, l'oubli de la mention de conformité sur la page d'accueil, ou encore le défaut de publication du schéma pluriannuel et des plans d'action annuels. D'autre part, le défaut d'accessibilité intrinsèque constaté sur le service en ligne. Cette différenciation est capitale : l'Arcom ne se contente pas d'auditer le code, elle vérifie également la transparence de l'organisme vis-à-vis du public.

La transparence documentaire est souvent considérée comme le premier niveau de conformité. Si un organisme ne publie pas sa déclaration d'accessibilité, il empêche l'utilisateur d'être informé sur l'accessibilité du service qu'il consulte. C'est une entrave directe au droit à l'information. L'Arcom sanctionne donc sévèrement ces manquements administratifs, car ils sont le signe d'une mauvaise gouvernance. L'obligation de transparence est le socle sur lequel repose la confiance des citoyens envers les institutions qui se doivent de rendre compte de leur maturité numérique et de leurs efforts réels pour l'inclusion.

En complément, les défauts techniques constituent le cœur du problème d'accessibilité. Auditer un service en ligne permet de vérifier si les standards techniques (RGAA) sont respectés. C'est ici que l'Arcom déploie ses experts pour tester les fonctionnalités, la navigation et le respect des critères techniques. Cette approche duale permet à l'Arcom de diagnostiquer les problèmes de fond, tout en rappelant à l'ordre les organisations qui ne respectent pas leurs obligations de communication. Cette complémentarité entre contrôle administratif et technique garantit une approche globale et équilibrée de la régulation de l'accessibilité numérique en France.

Régimes de sanctions et montants

Les sanctions sont régies par le décret n° 2019-768 du 24 juillet 2019. Les amendes sont calculées par service et par période de six mois. Ce mécanisme est conçu pour être incitatif : l'objectif est d'amener l'organisme à engager les travaux de mise en conformité plutôt que de simplement payer la sanction. Tant que la situation n'est pas régularisée, la sanction reste théoriquement renouvelable, ce qui place les directions générales devant une responsabilité financière croissante. La publication de ces sanctions, en plus de leur dimension financière, comporte un risque réputationnel non négligeable.

Le calcul des amendes est basé sur la gravité des manquements et la taille de l'organisme, ce qui garantit une proportionnalité nécessaire. Les sanctions financières visent à compenser l'inertie des organisations face à leurs obligations. Le fait que ces amendes soient renouvelables périodiquement pousse les directions à inscrire l'accessibilité dans leurs priorités budgétaires. C'est un levier efficace pour transformer une contrainte légale en un véritable engagement stratégique. Les organisations doivent comprendre que le coût de l'inaction est bien supérieur au coût de l'investissement dans des services numériques accessibles.

Le risque réputationnel est sans doute la sanction la plus dissuasive dans un environnement numérique où la communication est reine. La publication des manquements par l'Arcom peut affecter durablement l'image de marque d'une institution ou d'une entreprise. Dans le cas d'une administration publique, cela peut nuire à la confiance des usagers. Le choix de rendre publiques ces sanctions renforce leur portée pédagogique. Chaque organisation est donc appelée à une grande vigilance et à une gestion rigoureuse de son accessibilité numérique pour éviter de se retrouver en situation de non-conformité constatée par l'autorité de régulation.

La procédure graduée de l'Arcom

La méthode d'intervention de l'Arcom suit une procédure graduée. La mise en demeure précède systématiquement la sanction pécuniaire. L'autorité informe l'organisme des manquements constatés et lui octroie un délai pour se mettre en conformité. Cette phase de dialogue est une opportunité pour les organisations de structurer leur démarche. Cependant, depuis 2025, le caractère public des mises en demeure a accru l'attention portée à ces procédures, marquant le début d'une ère où l'opacité n'est plus une option pour les organismes concernés.

Le processus commence par un échange d'informations où l'Arcom demande des éclaircissements sur les points de non-conformité relevés. Cette étape permet de vérifier si l'organisme a engagé des travaux de correction. Si aucune action concrète n'est entreprise, la mise en demeure formelle est émise. Ce document officiel sert de dernier avertissement avant le passage à la sanction financière. C'est une étape cruciale qui permet d'identifier les freins réels à la mise en conformité : manque de compétences, absence de budget ou mauvaise volonté des décideurs.

La phase de dialogue est une étape essentielle qui permet aux organismes de comprendre les attentes de l'Arcom et les normes techniques à respecter. En accompagnant les organisations vers la conformité, l'autorité joue un rôle de conseil. Cette pédagogie est un levier puissant pour susciter une adhésion réelle au projet d'accessibilité. Les organismes doivent saisir cette opportunité pour monter en compétence et transformer leur manière de concevoir le numérique. L'Arcom ne cherche pas seulement à punir, mais avant tout à faire progresser l'accessibilité numérique sur l'ensemble du territoire national français.

Implications stratégiques pour les organisations

Pour les organismes concernés, ce nouveau cadre implique une transformation profonde de leur mode de gestion de projet. L'accessibilité ne peut plus être traitée lors d'une simple recette en fin de projet. Elle doit être intégrée dans la rédaction des marchés publics, dans la formation des équipes de développement et dans le pilotage budgétaire. Les obligations de publication, comme le schéma pluriannuel, obligent les directions à planifier sur trois ans les ressources humaines et financières dédiées. Ce pilotage, désormais scruté par l'Arcom, devient un indicateur de maturité numérique.

La planification stratégique permet de diviser la charge de mise en conformité en étapes réalisables. Le schéma pluriannuel devient le document de référence pour les directions qui doivent justifier leurs investissements. En fixant des objectifs à court, moyen et long terme, les organisations peuvent suivre leur progression et ajuster leurs efforts. Cette gestion de projet permet d'éviter l'éparpillement des ressources et garantit que les services les plus critiques pour les usagers sont prioritaires dans le plan de mise en conformité.

La formation continue des équipes est la clé de voûte de cette transformation. Les concepteurs, les développeurs, les rédacteurs web et les chefs de projet doivent être sensibilisés et formés aux règles de l'accessibilité. Cela nécessite un investissement dans le capital humain, qui sera rentable sur le long terme grâce à une meilleure qualité de service. Les organisations qui réussissent cette mutation se distinguent par leur capacité à offrir un numérique plus inclusif, plus ergonomique et plus performant. En plaçant l'humain au cœur de leur stratégie numérique, ces organisations répondent aux attentes des usagers tout en se conformant à la loi.

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